Il va parcourir jusqu’à 5000 km pour rejoindre l’Afrique subsaharienne. Mais il sait limiter ses efforts pour accomplir un tel voyage. Une technique élaborée qui l’amène à voler en groupe de plusieurs centaines d’individus. Profitons du spectacle.

Le milan noir – Milvus migrans – est un grand migrateur. Si les populations européennes de ce rapace arrivent d’Afrique subsaharienne entre fin-février et début avril en Europe pour se reproduire, elles repartent très tôt vers le continent africain.
En Haute-Savoie, le milan noir arrive vers la mi-mars dans la région du lac Léman.
Le milan noir est une espèce en augmentation en France. Nous en voyons de plus en plus et c’est une bonne chose pour notre biodiversité. La France accueille près de 30 % de la population européenne et notre région en héberge beaucoup.
Aujourd’hui, ils sont quasiment tous partis vers le Sud.
De très nombreux milans noirs quittent leur site de nidification localisé en Europe centrale et de l’Est. Ils transitent en partie par la Vallée du Rhône et passent souvent par la région du Léman. Ils profitent des colonnes thermiques qui se forment le long des pentes ensoleillées des montagnes pour économiser leurs efforts. Les pentes se réchauffent plus vite que les zones plates, ce qui génère ces bulles d’air chaud. Ils utilisent les courants chauds ascendants pour prendre de la hauteur, planer et rejoindre la prochaine colonne thermique, reprendre de la hauteur, planer et ainsi de suite. Les rapaces peuvent détecter les bulles d’air chaud et volent en spirale à l’intérieur de ces colonnes d’air chaud.
Si le milan noir est plutôt solitaire en période de reproduction, il devient très grégaire lors de ses vols migratoires. Ce comportement pourrait s’expliquer par le nombre limité de colonnes thermiques qui nécessitent des reliefs particuliers (les vallées des régions montagneuses sont idéales en raison d’un sol irrégulier et donc favorable à la création de ces poches d’air) et par la nécessité d’avoir des individus expérimentés par ce grand voyage au-delà du Sahara.
On peut ainsi voir des vols de plusieurs dizaines, voire centaines d’individus passer en même temps.
Mais s’il part si tôt, c’est aussi pour profiter des différences de températures. Le soleil chauffe moins et moins longtemps en automne. En septembre, octobre ou novembre, les colonnes thermiques auront quasiment disparues. Et les efforts ne seraient pas alors les mêmes. Et l’accès à la nourriture serait aussi plus compliqué. Le milan noir n’est pas un oiseau du froid.
Près de chez nous, en Haute-Savoie, plus de 4800 milans noirs sont passés entre juillet et août 2026. Il y aura encore quelques retardataires d’ici le début de septembre. L’an dernier, c’était près de 9000 milans noirs et plus de 7300 en 2023. Mais le mois n’est pas encore terminé.
Cette différence est conséquente. Les scientifiques étudieront probablement ces variations. Changement de route migratoire, effets de la canicule sur la reproduction, décalage dans le temps ? Nous verrons bien. En attendant bon vol au milan noir !
ENGLISH VERSION
The Black Kite – Milvus migrans – is a long-distance migrant. While European populations of this raptor arrive from sub-Saharan Africa between late February and early April to breed, they head back to the African continent very early.
In Haute-Savoie, the Black Kite arrives in the Lake Geneva area around mid-March.
The Black Kite population is increasing in France. We are seeing more and more of them, which is good for our biodiversity. France is home to nearly 30% of the European population, and our region hosts a large number of them.
By now, almost all of them have left for the south.
Large numbers of Black Kites leave their nesting grounds in Central and Eastern Europe. They migrate partly through the Rhône Valley, often passing through the Lake Geneva region. To conserve energy, they take advantage of thermal updrafts that form along sunny mountain slopes. These slopes warm up more quickly than flat terrain, generating pockets of warm air. The birds use these rising warm currents to gain altitude and glide to the next thermal, where they rise and glide again, repeating the process. Raptors can detect these pockets of warm air and circle within the rising columns.
While the Black Kite is rather solitary during the breeding season, it becomes highly gregarious during its migratory flights. This behavior could be explained by the limited number of thermals, which require specific terrain (the valleys of mountainous regions are ideal due to their uneven ground, thus favoring the creation of these air pockets), and by the need for individuals experienced in this long journey beyond the Sahara. Flocks of several dozen, or even hundreds, of individuals can therefore be seen passing by at the same time.
But if it departs so early, it is also to take advantage of the temperature differences. The sun is less intense and for a shorter time in autumn. By September, October, or November, the thermals will have virtually disappeared. The effort required would then be much greater, and access to food would also be more difficult. The Black Kite is not a bird of the cold.
Near us, in Haute-Savoie, more than 4,800 Black Kites passed through between July and August 2026. There will still be a few stragglers before the beginning of September. Last year, that amounted to nearly 9,000 Black Kites, and over 7,300 in 2023. But the month isn’t over yet.
This is a significant difference. Scientists will likely study these variations. A change in migratory routes, the impact of the heatwave on reproduction, or a shift in timing? We shall see. In the meantime, safe travels to the Black Kite!
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